Jeudi Saint - Lavement des pieds Jn 13, 1-15

Publié le 1 Avril 2021

À Cana, Jésus avait dit à Marie, sa mère, au début de sa vie publique, « mon heure n’est pas venue ». Cette fois-ci, avant la fête de la Pâque, Jésus sait que son heure est venue. C’est l’heure du dénouement du drame qu’on a vu se tisser au fil de l’évangile, se resserrer de plus en plus ces derniers jours. C’est l’heure de la Passion. Jésus sait qu’il va vers la mort. C’est l’heure de passer de ce monde à son Père. Passer, pessah, Pâque. Jésus va accomplir pleinement, définitivement la Pâque.

La Pâque célèbre la sortie d’Egypte. Dieu s’était révélé libérateur. À présent, Jésus révèle Dieu comme son Père et leur dessein commun d’amour, je dirais, comme saint Jean ailleurs, leur être même qui est Amour. « Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde …», on retrouve un peu le prologue, Noël. Déjà tout était dit : « Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » L’Apocalypse l’a bien compris aussi et l’exprime dès le départ dans la bénédiction trinitaire : « À lui qui nous aime, qui nous a délivré de nos péchés par son sang ».

Il nous est bon que saint Jean ai placé cela comme en ouverture de la Passion. Nous ne pouvons vivre et comprendre ce que nous allons célébrer, entendre comme lectures, parfois si dures que cela peut être lourd, pénible pour certains, qu’en ayant toujours  bien clair dans notre esprit et notre cœur : là se révèle l’Amour de Dieu Père et Fils, dans l’Esprit (il n’est pas nommé mais c’est lui ce mouvement d’Amour qui les unit). La Passion n’est pas une horrible tragédie. Elle n’est pas un échec lamentable (celui qui semblait être le Messie attendu, pendu au bois du supplice, donc un maudit !). Elle n’est pas non plus un affreux sacrifice de Jésus à une divinité cruelle qui aurait exigé cela de lui. Non c’est un dessein d’amour, avec le consentement des deux, la souffrance des deux, Père et Fils. La Passion révèle cet amour de Jésus jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême : « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » !

Maintenant que l’heure est venue, Jésus ne cache plus sa divinité. Fini le secret messianique (si présent chez un saint Marc). Jésus sait « que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu ». De nouveau, dans ce exposé solennel de saint Jean, on retrouve le Prologue : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu ». Nous voyons Jésus dans toute la lumière de sa grandeur divine.

Jésus sait aussi que le diable s’est introduit dans le cœur de Judas, l’a pris sous son emprise, et lui a soufflé ce projet terrible de le livrer. C’est donc bien l’affrontement entre le mal, la mort et Dieu, la vie, qui va se jouer lors de la Passion.

Jean venait de dire de Jésus qu’il s’en va vers Dieu et que voyons-nous ? Jésus se lève de table, prenant le rôle d’un esclave, il va… vers les siens, vers les disciples, parmi lesquels se trouve Judas ! C’est en aimant, en servant, en se faisant le plus petit que Jésus va vers son Père.

Jésus dépose son vêtement. Sorte d’anticipation de la Passion, puisqu’il sera dépouillé de ses vêtements avant d’être crucifié. Comme Marie de Béthanie en versant du parfum sur les pieds de Jésus avait préfiguré son ensevelissement. Les deux mosaïques de Rupnik mises côte à côté lundi lors de la prière des consacrés montraient la similitude des gestes, Jésus courbé devant Pierre pour lui laver les pieds et Marie courbée devant Jésus lui baignant les pieds de parfum, les essuyant de ses cheveux. Amour et humilité des deux côtés. Annonce de la Passion aussi.

Pour nous, de plus, annonce du baptême : eau et huile parfumée. Rien d’étonnant à ce qu’on baptise la nuit pascale depuis les premiers siècles ! Le baptême est notre ensevelissement avec le Christ et notre résurrection avec Lui.

Pour nous aussi, Jésus trace la route. Il rappelle qui Il est, « Maître » et « Seigneur ». De nouveau solennité, afin de nous faire percevoir ce qu’il attend de nous. « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » Suivre le Christ, être disciple, être baptisé, c’est s’engager à aimer, jusqu’au bout. C’est en aimant, en servant, en se faisant les plus petits comme Jésus que nous irons avec Lui vers son Père.

Sr Annick

Rédigé par Sr Annick Somville

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article