Publié le 24 Décembre 2020

Nuit de Noël

Is 9, 1-6 ; Ps 95 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14

Les textes de cette nuit sont lumineux, remplis de joie. C’est vraiment toute la clarté de Noël qui éclate dans la nuit… déjà comme à Pâques. Je le dis souvent, mais c’est vrai, Noël, c’est Pâques.

Mais cette nuit-ci ?

Tant de personnes à l’hôpital, des services médicaux surchargés, le personnel épuisé ; tant de personnes en deuil à cause de la Covid, partout dans le monde, à cause de la violence, de la guerre, du terrorisme, partout dans le monde aussi ; tant de personnes, en Belgique et ailleurs, tristes de ne pouvoir se rencontrer, fêter ensemble la Noël, ne pas pouvoir prendre un repas en famille, même petite, et, pour les croyants de toutes confessions, ne pas pouvoir (ou presque) célébrer l’eucharistie en assemblée représentative si pas encore normale… Et j’entends la question : mais quoi ? C’est Noël aujourd’hui ? ça rime à quoi vos chants, votre joie dans toute cette misère ?

J’écoute Isaïe et Luc qui se font écho, s’éclairent mutuellement. Oui, des liens soutent aux yeux. Mais il y a aussi des contrastes.

Isaïe parle d’un enfant, l’Emmanuel, mais en fait de naissance, il s’agit en réalité d’une intronisation royale. Ça a un poids certain. On en parlerait à la télévision, sur internet et dans les réseaux sociaux, si c’était aujourd’hui. Mais l’évangile ?

Bien sûr que non. Vous pensez, un enfant ! Car là il s’agit d’une vraie naissance d’un petit bébé comme tous les autres, qui par manque de chance naît lors d’un déplacement un peu forcé. Migrant, peut-être pas, mais proche car il naît « en route », dans des conditions précaires. Pour ne pas déranger, sa mère accouche dans l’étable, au milieu des animaux. Comme les naissances bousculées par la pandémie, comme les naissances sur l’île de Lesbos ou en tant d’autres endroits…

L’Annonce de sa naissance est faite par un ange de Dieu, une troupe céleste se met à chanter : tous les programmes tv de cette nuit, internet et les réseaux sociaux sont battus à plate couture. Mais… l’Annonce, si grande, si merveilleuse, si solennelle, … est faite à des bergers, en pleine nuit, à la campagne. Notre Dieu n’est quand même pas au point au niveau de la communication !

En plus, le message est extraordinaire : « Aujourd’hui, un Sauveur vous est né ! » Nous y voilà, on l’attendait le vaccin, on va bien vite être délivrés de ce virus qui nous empoisonne la vie depuis des mois, presque un an, la vie va reprendre comme avant ! … Minute ! écoutons jusqu’au bout. Le signe qui est donné ? Un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire !

Un nouveau-né, s’il est de sang royal, ça peut faire éclat, attirer l’attention, être à la une des journaux… Mais couché dans une mangeoire, qu’est-ce donc que cela !!!??

Voilà la vraie Joie de Noël. À contre-courant, le Seigneur ne cherche pas à attirer les foules, à faire miroiter des choses merveilleuses mais éphémères, peu sûres, factices. Noël nous prend à rebours. Notre Dieu se fait l’un de nous, dans un nouveau-né, fragile, il se donne en nourriture, La Vie a pris chair pour nous donner la Vie, sa Vie. Il s’adresse dans le silence de la nuit aux petits, aux exclus. Mais sa naissance est la seule Bonne Nouvelle ! L’ombre de la mort ne l’emportera pas, les ténèbres se déchirent déjà, la Vie l’emporte sur la mort. Ce que le roi intronisé dont parlait Isaïe devait apporter à son peuple, se réalise aujourd’hui mais de manière inattendue, beaucoup plus forte, plus grande encore. Le Roi est ce nouveau-né, il est la Parole de Dieu faite homme. Son nom est bien sûr, Emmanuel, mais aussi « Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Cela semble incroyable. Oui si c’était une histoire humaine mais ce qui le réalise, c’est « l’Amour jaloux du Seigneur de l’univers » !

            Alors, oui, Joyeux Noël !

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 19 Décembre 2020

2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16 ; Ps 88 ; Rm 16, 25-27 ; Lc 1, 26-38

 

Coïncidence due au calendrier : samedi 19 décembre, nous avions comme évangile l’Annonce à Zacharie en Luc 1, 5-25, et ce 4e dimanche B, la suite directe, l’Annonce à Marie. En les lisant un peu à la suite, je suis frappée par le contraste.

Zacharie est prêtre, âgé, peut-être trop empêtré dans l’aspect concret, immédiat des choses, il ne croit pas aux paroles de l’ange Gabriel et reste sans voix ! C’est fou ce que l’Avent nous parle de voix. Le père de « la Voix de celui qui crie dans le désert » devient muet ! Cet évangile me semble comme assombri par ce manque de foi. Il nous montre les derniers personnages de l’Ancien Testament qui peinent, hésitent à franchir le pas vers le Nouveau. On peut le comprendre. Ce sont des justes devant Dieu, le petit Reste qui attend le sauveur, mais la venue de celui-ci est tellement surprenante. Il est attendu mais sa venue est inattendue !

Par contre, quelle lumière dans le récit de l‘Annonce à Marie ! On n’est plus dans le temple mais à la maison. Et l’Ange entre chez Marie, sans frapper, comme chez lui. Oui, Dieu est depuis toujours chez Lui dans la maison de Marie… et de son fiancé. Il est chez Lui dans le cœur de Marie. La jeune femme semble plus bouleversée par la salutation de l’Ange que par sa présence. Marie apprend qu’elle est comblée de grâce, oui elle a trouvé grâce auprès de Dieu. Elle ne demandait rien, mais son cœur était prêt à recevoir l’Annonce, à recevoir la mission inouïe de donner vie au Fils du Très-Haut. Mission de concevoir et enfanter un fils, de lui donner le nom – programme – de Jésus qui signifie « Dieu sauve ». Ce Fils du Très-Haut, fils de David, régnera pour toujours. La promesse de Dieu à David par le prophète Nathan se réalise d’une manière imprévisible.

Marie, dans sa simplicité, croit l’Ange Gabriel sur parole, elle s’inquiète seulement de comment faire. Elle est mariée, nous dirions civilement, mais ne vit pas encore avec son époux, selon la coutume de l’époque. Que faire ? La réponse est des plus déconcertante : l’enfant sera l’œuvre de l’Esprit. L’enfant sera bien plus que le fils de David, plus qu’un roi, plus qu’un prophète, il est Fils de Dieu. David n’aurait jamais pu s’imaginer une pareille descendance ! Et le signe qui est donné à Marie, alors qu’elle n’en demandait pas, c’est Elisabeth sa cousine stérile qui est enceinte. Rien n’est impossible à Dieu.

On a l’habitude de cette formule, manière de dire que ça nous dépasse. Rien n’est impossible à Dieu. La petite note de ma Bible indique qu’ils ont traduit par « rien » alors que le texte dit « aucune parole ». Ceci en effet est difficile à traduire car le terme a deux sens en hébreu : à la fois parole et événement. La parole de Dieu est toujours agissante, toujours efficace, rien ne peut s’y opposer.

Alors fuse la parole limpide de Marie : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole ». Quel modèle de foi pour chacun de nous. Que cette parole vivante, agissante, de Dieu fasse son chemin librement en moi, dans ma vie. Toute ma vie appartient au Seigneur.

L’Ange Gabriel peut se retirer en paix, sa parole de la part de Dieu a été accueillie et la Parole de Dieu peut prendre chair en Marie.

 

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 13 Décembre 2020

3e dimanche de l'Avent B

Gaudete !

Les lectures se suivent, se rencontrent et donnent un effet marquant, une sorte de raccourci saisissant. Isaïe invite à la joie. Le prophète tressaille de joie dans le Seigneur, comme Marie dans son magnificat, car Dieu épouse son peuple, aime chacun des siens, les revêt du manteau du salut (image poétique qui montre le salut qui nous enveloppe, nous protège, nous réchauffe), il les consacre, les guérit, les délivre, il fait germer la justice et la louange comme une plante.

Saint Paul, lui, exhorte à la joie et à la prière incessante. Joie dans la prière et joie nourrie, issue de la prière. Va-et-vient entre les deux. Il nous invite à nous garder du mal et à rechercher la paix afin d’être prêts à accueillir le Seigneur qui vient.

Mais saint Jean ne parle pas de joie, il revient sur la figure de Jean-Baptiste que nous présentait Marc la semaine passée. Jean pourrait être dans la joie : il annonce et préfigure la venue du Messie. Jean est peut-être heureux, mais ce n’est pas ce qu’on retient de lui. Avant tout, Jean était humble. Il dit tout simplement ce qu’il n’est pas. Il n’est pas le Christ, pas le prophète annoncé ni Elie (pourtant d’autres textes montrent que Jésus le reconnaît comme tel). Il se définit, se présente comme la voix de celui qui crie dans le désert.

Une voix. La voix n’a pas de consistance, elle se place sur le souffle. Et pourtant, qu’elle est rude, étonnante pour nous, la vie des muets (cf. film la famille Bélier). La voix exprime beaucoup. On reconnaît quelqu’un à sa voix. Quelle joie d’entendre la voix de quelqu’un qu’on aime et qu’on attend, qu’on retrouve, ou même simplement qu’on entend au téléphone… Comme peut être terrible pour une victime de reconnaître la voix de la personne qui l’a fait souffrir. La voix parle au-delà des mots qu’elle dit. Par son timbre, son rythme, passent les émotions et elle éveille celles des auditeurs. La voix est nécessaire pour proclamer, annoncer la bonne nouvelle. Notre Dieu a voulu avoir besoin de la voix des prophètes, puis de la voix des disciples pour rejoindre les hommes et les femmes de son peuple élu et du monde entier.

Jean, la voix de celui qui crie, est humble. C’est ce qui le caractérise. Il est au service et ne se met pas en avant. Il n’est pas le Christ, il n’est pas Elie, il n’est pas le prophète annoncé. Il n’est rien, rien qu’une voix, presqu’un souffle. Il annonce le Christ qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas. Jean ne se sent même pas digne de délier la courroie de sa sandale, alors que c’est un geste de serviteur. Et c’est là qu’il trouve sa joie. L’humilité est la source de la joie, cette joie d’Isaïe, joie de Paul, joie à laquelle le Seigneur nous invite en ce troisième dimanche d’Avent, ce dimanche de la joie. D’ailleurs le prophète a été envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles.

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 6 Décembre 2020

2e dimanche de l'Avent - B

Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous, mais Jean-Baptiste me paraît toujours un personnage assez extraordinaire, un peu étrange aussi, comme sorti du passé. Un prophète, semblable à Elie par sa tenue vestimentaire, sa manière de vivre, sa parole qui décape, parole de Dieu qu’il retransmet avec force. Dans l’évangile de Marc, il est moins terrible qu’ailleurs. Mais il reste que c’est quelqu’un qui secoue, appelle à la conversion. Étrange aussi le fait de le définir comme une voix qui crie dans le désert. Oui, Jean-Baptiste est avant tout une voix.

Que crie cette voix ? « Préparez les chemins du Seigneur » Nous le chantons à l’office. La voix crie mais elle chante aussi. Et c’est bien, en accord avec les textes. Car je suis « étonnée », touchée par la douceur qui se dégage des textes pourtant forts, secouants de ce deuxième dimanche d’Avent.

Isaïe commence par ces mots, que nous entendrons (chantés !) à l’office quand viendra Noël, en ouverture des célébrations : « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur ». En réalité, c’est Dieu lui-même qui console son peuple, tout au long de l’histoire du salut, mais le sommet est lorsqu’il envoie son Fils, que le Verbe est fait chair pour nous sauver. Quelle tendresse dans cette ouverture de ce qu’on appelle le deuxième Isaïe ! Dieu parle au cœur de Jérusalem, la console, lui remet sa dette.

Le prophète annonce que la gloire du Seigneur va se révéler, que tout être de chair verra que le bouche du Seigneur a parlé. En effet, les bergers, les mages, Marie et Joseph les premiers, verront la Parole de Dieu faite chair. Les promesses de Dieu transmises par le prophète Isaïe se réalisent au-delà de toute espérance.

À la charnière des deux Testaments, Jean réveille les consciences et les cœurs, les prépare à accueillir le Seigneur qui vient. Le Seigneur vient avec puissance, une puissance d’amour car tel un berger, il rassemble les agneaux et les porte sur son cœur. La violence des images apocalyptiques de saint Pierre ne doit pas effacer ni nous faire perdre de vue la tendresse de Dieu qui parcourt les textes de ce jour.

« Voici notre Dieu, voici le Seigneur Dieu » ! « Ce qu’il dit, c’est la Paix pour son peuple et ses fidèles. Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre » !

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 5 Décembre 2020

Un peu en retard, mais pas périmé !

L’oraison de ce premier mercredi de l’Avent a attiré mon attention.

« Apprête nos cœurs, Dieu très bon, par la puissance de ta grâce, pour qu’au jour où ton Fils viendra, il nous juge dignes de prendre place à sa table et de recevoir, de sa main, le pain du ciel. »

 

Nous demandons à Dieu d’apprêter nos cœurs comme on apprête une table. C’est surprenant ! Souvent on demande au Seigneur de préparer nos cœurs. Mais le terme choisi convient particulièrement en ce jour où nous est donné par la liturgie le récit de la multiplication des pains.

 

Cette oraison porte aussi notre regard très loin, vers le jour du retour du Christ. Car c’est bien cela que nous attendons. L’Avent est tellement plus que la préparation de la fête de Noël. Nous sommes invités à réveiller nos cœurs, à raviver notre désir de Dieu, notre attente de sa venue définitive alors que nous allons célébrer, à Noël, sa première venue dans notre chair.

 

Le Christ, quand il viendra, jugera le monde. Mais c’est un juge particulier qui invite à sa table ceux qu’il juge digne. Qui n’est pas digne ? Celui qui se moque de l’invitation, qui la refuse, invente des prétextes (Jésus nous l’a expliqué dans ses paraboles) …Si notre cœur est apprêté, par Dieu lui-même, à notre demande, selon notre désir, alors nous pourrons sans doute être jugés dignes et prendre place à la table du Seigneur. Comme au désert Dieu avait nourri son peuple de la manne, comme Jésus a nourri ceux qui le suivaient en multipliant les pains, comme il nous a laissé son Corps livré en communion, comme pain pour la route, il nous donnera lui-même le pain du ciel, le pain de la Vie éternelle. Pain posé sur la table… de nos cœurs ?

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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