33e dimanche du Temps Ordinaire - A

Publié le 15 Novembre 2020

Pr 31, 10-13.19-20.30-31; Ps 127; 1 Th 5, 1-6; Mt 25, 14-15.19-21

J'ai pris dans la Bible Mt 25,14-21 en entier !

On appelle ce passage « la parabole des talents ». Mais cette fois, j’ai eu l’attention attirée par les personnages.

« Tu es un homme dur, dit le troisième serviteur, et j’ai eu peur » ! Mais il n’a pas peur de lui dire ça en pleine figure, sans trop de politesse, ni respect pour son maître. Si c’est vrai, il pouvait le dire de manière plus fine, qui puisse être reçue, écoutée.

Le maître ne s’en offusque pas, ne répond même pas à l’accusation, au contraire, il la reprend, part de ce constat, sans le réfuter. Cela malgré sa prétendue dureté. Ce qui le fâche, c’est la paresse du serviteur. Aller à la banque aurait été plus malin que d’enterrer l’argent !

Et ce n’est pas un gros travail. Donc ce que dit le serviteur n’est qu’une excuse.

La vraie raison de son inaction est sa paresse et je dirais sa fermeture. Il n’est donc pas digne de la confiance de son maître. Ce n’est pas par dureté ni représailles que le maitre le jette dehors, il s’est mis lui-même dehors en ne faisant rien alors que son maître lui avait confié une partie de ses biens. Il en était responsable.

Cet homme qui part en voyage est, lui, quelqu’un de fin, de délicat (ce que n’a pas su percevoir le troisième serviteur). Il confie ses biens à ses serviteurs. Et pas peu : un talent représente environ 34 kg d’or. Ce voyageur aurait bien pu mettre lui-même cet argent à la banque, puisque le texte nous indique que cette solution existe, que le maître la connaît. Mais il choisit de faire confiance à ses serviteurs. Il aurait également pu les renvoyer (le chômage n’existait pas encore !). Il leur fait confiance et ne donne aucune consigne. Il confie son argent. Les deux premiers ont bien compris le geste et « aussitôt », souligne le texte, ils se mettent en route pour faire valoir l’argent reçu.

Leur maître les connaît bien. Il donne à chacun selon ses capacités. Peut-être pour s’assurer un meilleur rendement (quoi que… il aurait pu alors tout confier au premier qui semble le plus efficace), mais aussi il ne veut pas écraser ses serviteurs par une tâche qui serait trop lourde pour eux. C’est une marque de respect. La confiance et le respect donnent généralement des ailes. Les deux premiers serviteurs doublent le capital reçu. Et quand le maître revient, ils sont heureux de lui apporter la somme augmentée de 100%.

Le troisième, mine sombre, sans doute, parle durement à un maître qu’il trouve dur. Il n’a pas su reconnaître la confiance et le respect dont il a bénéficié. Il a enterré l’argent, il le rend. Il pense être quitte. Il n’entre pas en relation avec son maître. Il n’y a pas de croissance possible. Ni économique ni, surtout, relationnelle. La confiance non reçue ne peut grandir ni faire grandir la personne à laquelle elle est adressée. Ils ne peuvent que se séparer. Lui ne peut, n’arrive pas, à entrer dans la joie de son maître. Il n’envisage pas de joie possible puisqu’il croit que son maître est dur. Il se croit encore moins invité à entrer dans cette joie, après avoir fait fructifier les biens du maître comme s’ils étaient siens. Il s’est fermé, n’a pas « reçu », pas accueilli ce que son maître essayait de lui donner de lui-même.

Et nous, êtres humains, comment avons-nous reçu les biens du Seigneur notre Dieu ? Il a confié à l’homme toute sa création. Le septième jour, il s’est retiré, comme parti en voyage… Il ne nous a pas confié au-delà de nos forces car c’est lui qui nous a donné la force, l’intelligence, tout le nécessaire pour nous permettre de faire vivre, croître, embellir la création pour le bien de tous. N’avons-nous pas souvent enterré ce bien, même pire, pris possession de ce bien, ne l’avons-nous pas abîmé alors qu’il nous est confié mais ne nous appartient pas… Et ne pensons-nous pas parfois aussi que Dieu est dur ?

 

Sr Annick

Rédigé par Sr Annick Somville

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