Le Saint-Sacrement

Publié le 14 Juin 2020

Nous avons retrouvé en ce jour la célébration de l'eucharistie dominicale. Je prononcerai désormais mon homélie lors de la Liturgie des Heures, Vêpres ou Laudes comme le propose la Présentation Générale de la Liturgie des Heures au n° 47.

Dt 8, 3-4.14b-16a; Ps 147; 1 Co 10, 16-17; Jn 6, 51-58

Ce dimanche, nous fêtons « Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ », la Fête-Dieu dit-on encore au pays de Liège où est née cette fête en 1247 à l’instigation de Ste Julienne du Mont-Cornillon. C’est le pape Urbain IV, ancien archidiacre de Liège, qui l’a étendue à l’Église universelle en 1264 suite à un miracle eucharistique. Il a encore fallu deux papes pour que cette décision soit prise en compte. Même si à Liège et en d’autres endroits, une procession du Saint-Sacrement a lieu à cette occasion, ce n’est nullement lié à la fête selon les bulles des papes. Ce n’est qu’au XVe siècle que cette procession a été reçue à Rome. Elle n’est donc pas au cœur de la fête. Le cœur, c’est l’eucharistie.

L’antienne du magnificat des 2e vêpres selon l’office romain (PTP), comme souvent, exprime ce qu’on fête : « Banquet très saint où le Christ est reçu en nourriture : le mémorial de sa passion est célébré, notre âme est remplie de sa grâce, et la gloire à venir nous est déjà donnée. »

Je m’arrêterai au premier mot, au début de l’antienne. Elle parle d’un banquet et de manger. Le Christ est reçu en nourriture. Dans les lectures de ce jour, année A, il est fortement question de manducation. Il s’agit de manger et aussi de boire.

Au désert, le Seigneur a éprouvé son peuple, scruté son cœur. Mais il a aussi révélé le sien. Le peuple a eu faim, le Seigneur attendait de lui la foi, la confiance. De son côté, le Seigneur a manifesté son amour, son attention aux siens, comme une mère, il les a nourris en plein désert. La manne invite les hébreux à comprendre que leur nourriture fondamentale est la Parole de Dieu. C’est vrai pour nous aussi, aujourd’hui encore. Que la fête que nous célébrons ravive en nous la faim de la Parole de Dieu, que celle-ci soit notre nourriture quotidienne.

Saint Paul nous conduit au sens de cette manducation du pain : entrer en communion avec le Seigneur par cette nourriture que notre corps assimile. Ne faire qu’un avec le Seigneur. Pas de façon magique mais symbolique. Partager un repas avec quelqu’un est un signe fort de confiance, d’accueil engagé, d’amour vrai, de communion. Manger au même pain partagé est aussi un signe clair. Nous devenons le Corps du Christ. Pas chacun pour soi. Nous avons mangé chacun un morceau de ce pain unique, ensemble nous sommes le Corps du Christ que signifie ce pain, c’est ça l’Église. Un chant le dit très bien : « Nous sommes le Corps du Christ, chacun de nous est un membre de ce Corps. Chacun reçoit la grâce de l’Esprit pour le bien du Corps entier. »

Enfin, dans le passage choisi dans long discours sur le pain de vie dans l’évangile de saint Jean (ch 6), le verbe manger revient huit fois ! Bien sûr, ce discours ne parle pas de cannibalisme (cela s’est dit contre les chrétiens). Mais ce verbe est très concret. L’eucharistie est une action. Le Christ est le pain venu du ciel, il est plus que la manne. Il est la Parole faite chair, il est venu dans le monde pour révéler l’Amour de Dieu, il a donné sa vie pour nous sauver de la mort et nous donner d’entrer dans la vie même de Dieu, la Vie éternelle. Célébrer l’eucharistie chaque dimanche, c’est faire mémoire de ce don inouï de l’Amour de Dieu. La célébration est un repas au cours duquel nous sommes nourris de la Parole et du Pain. Nous refaisons ce que Jésus nous a dit de faire la veille de sa Passion. Recevoir la Vie du Seigneur, ce n’est pas occulter sa Passion, au contraire. L’eucharistie nous donne de revivre, de nous laisser saisir à nouveau par tout le mystère pascal. Manger la chair du Christ, boire son sang, nous donne de demeurer en Lui, comme Lui est en nous. Il nous donne d’entrer dans le mouvement de la Trinité. C’est cela communier. Et le mouvement d’Amour de la Trinité nous envoie vers nos frères. Nous sommes en communion les uns avec les autres, nous qui avons mangé le même pain et, en des temps meilleurs, bu à la même coupe. Chacun représente, rend présent le Christ pour l’autre. Nous sommes, plutôt devrions être, devenir chaque fois plus, des ostensoirs les uns pour les autres.

 

Sr Annick

Rédigé par Sr Annick Somville

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article