13e dimanche A

Publié le 27 Juin 2020

2 R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 ; Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42

 

L’évangile de ce dimanche peut paraître dur à entendre. J’y vois plutôt exigence mais aussi simplicité.

Les premiers versets sont abrupts et peuvent faire peur : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » ! Si on pense à une forme de concurrence entre Dieu et l’amour filial, c’est en effet insupportable et semble en total désaccord avec ce Dieu Amour que d’autres passages nous révèlent plus facilement. Mais ce point de vue est faussé dès le départ et ne peut conduire qu’à une impasse quand ce n’est pas un rejet !

Avec Dieu, il ne peut s’agir de concurrence. Aimer plus, aimer moins, ce sont des raisonnements qui ne tiennent pas pour le Seigneur. Il suffit de regarder Jésus. Lui qui a aimé les siens jusqu’au bout. Il est toujours dans le don total, offert à tous. Quand Jésus aime les siens, il ne met pas cet amour en concurrence avec l’amour qu’il a pour son Père. Au contraire, plus il aime l’un, plus il aime les autres et réciproquement.

En observant Jésus, pour mieux comprendre, on peut se souvenir d’un autre passage évangélique, quand Marie et ses frères viennent pour lui parler. Jésus dit « Qui sont ma mère, mes frères ? Celui qui fait la volonté de mon Père » (Mt 12, 46-50). Est-ce offensant pour Marie ? Non, car s’il y a bien quelqu’un qui a fait la volonté du Père, c’est Marie.

Revenons aux lectures de ce jour. La lettre de saint Paul aux Romains est éclairante. Notre condition de baptisés fait de nous des enfants de Dieu. Ce passage peut être réconfortant face à la mort qui barre notre horizon et nous répugne, nous blesse. Et c’est vrai, en Jésus la mort est vaincue définitivement. « Nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. » Ce passage nous rappelle également que nous sommes d’abord enfants de Dieu. Voilà, me semble-t-il, comment entendre le début de l’évangile de ce jour. Notre amour de Dieu devrait être premier. C’est en Dieu que nous existons, c’est en Dieu que notre amour pour nos parents, notre famille (et aussi de nos proches) trouve sa source. Plus nous reconnaissons cette primauté de Dieu dans nos vies, plus nous nous ouvrons à Dieu pour aimer plus, de manière plus juste, ceux que nous aimons. Pas de concurrence donc mais juste place pour que l’amour vrai puisse grandir en nous.

C’est ce que j’appellerais l’exigence de l’évangile. Car ce mouvement ne nous est pas spontané. L’amour filial, l’amour humain nous semble spontané et premier, viscéral souvent. Nous avons parfois peur de lâcher les nôtres, de les aimer moins en donnant la primauté à Dieu dans nos vies. Or ce chemin est celui de la Vie en Dieu, avec Dieu, Vie éternelle donc. Chemin de ceux qui sont unis au Christ Jésus, rendus, par lui, capables d’aimer comme Lui par la grâce de l’Esprit Saint qui nous a été donné.

            La foi renverse notre regard, nos manières de vivre. C’est un chemin plein de paradoxes : « Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera ». Ce langage nous déroute. Et c’est bien. Le Seigneur bouscule notre petit ronron de vie. Pas pour nous déranger mais pour nous porter plus loin, nous faire grandir, nous éduquer. Ce qu’un Père fait pour ses enfants.

            C’est exigeant, mais simple aussi. Le Seigneur nous connait, lui qui nous a créés. Il sait notre faiblesse. Il ne nous demande pas l’impossible. L’aimer par-dessus tout n’est pas un exploit. Parfois la foi conduit à des attitudes héroïques mais souvent de simples gestes comme offrir un verre d’eau à qui a soif, suffit pour manifester notre appartenance totale au Seigneur. Si nos gestes quotidiens, notre accueil de l’autre, comme l’a fait la Sunamite pour le prophète Elisée, sont animés par l’amour de Dieu, si nous laissons transparaitre l’amour de Dieu pour les siens dans nos gestes, si nous laissons Dieu agir en nous, aimer en nous, même nos parents, alors notre vie est transfigurée, je dirais « configurée » car nous serons pleinement unis au Christ, notre Frère.

Sr Annick

Rédigé par Sr Annick Somville

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