Publié le 19 Juillet 2020

Sg 12, 13.16-19 ; Ps 85 (86) ; Rm 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43.

 

Il me semble que, dans les paraboles de ce jour, Jésus fait l’éloge du petit. La petitesse de la graine de moutarde. Le bon grain est si petit, lui aussi, qu’on peut y mêler de l’ivraie sans que cela se remarque. La petitesse du levain par rapport au reste de la pâte. Notre monde a tendance à se tourner vers ce qui est grand, fort, ce qui brille… c’est un leurre.

 

            Le Seigneur nous livre plusieurs messages. C’est la richesse des paraboles de n’être pas à sens unique.

 

Message d’espérance. Ne soyons pas dupes. Si le champ, c’est le monde, nous sommes aussi le champ. En chacun(e), le Seigneur a semé du bon grain. L’Adversaire y a aussi semé sa mauvaise herbe du Mal. Les deux sont en nous. Mais le Seigneur ne veut pas de jugement prématuré, de grands nettoyages pour ne garder que les purs, les « bons ». Non, le Seigneur garde espoir jusqu’au bout. Même un seul tout petit grain entouré de ronces peut finir par germer, pousser, de venir un arbre. Le Seigneur patiente car il est plein d’amour. Il sait que le meilleur peut encore germer en nous, en chacun.

« A tes fils tu as donné une belle espérance :

après la faute tu accordes la conversion. » (Sg, 1ière lecture)

 

Message d’espérance donc et invitation à la patience pour nous aussi. Il y a le mal qui prolifère, mais nous avons à laisser à Dieu le jugement et le choix du moment de la moisson. Alors Dieu dira aux moissonneurs (les anges selon l’explication rapportée par Matthieu) : Enlevez d’abord l’ivraie, lié-la, jetez-la au feu. Dieu exerce le jugement. Pas d’amour vrai sans jugement et jugement vrai, lui aussi.

 

Notre part, là-dedans ? Nettoyer notre part de champ, notre cœur, biner, sarcler, arroser… garder confiance et laisser germer le grain semé par Dieu en nous, même (surtout) s’il nous semble qu’il y en a si peu et qu’il est si petit. Comme le grain, abandonnons-nous au Seigneur avec confiance.

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 12 Juillet 2020

15e dimanche A

Is 55, 10-11 ; Ps 64 ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13, 1-23

 

La liturgie, juste après avoir fêté saint Benoît, nous offre une belle continuité. La Règle commence par cet appel : « Écoute », et ce dimanche nous invite à écouter la Parole.

 

L’image d’Isaïe pour exprimer la force vivifiante, créatrice, de la Parole de Dieu est forte. On parle beaucoup, en ce moment, du réchauffement climatique, le pape nous invite à creuser sa lettre Laudato Si’, en fait même une année spéciale. Saint Paul, lui, nous dit que la création tout entière gémit dans les douleurs d’un enfantement. On ne peut pas être plus actuel.

 

Sauf que le monde est plus alarmiste. Il y a ceux qui s’en fichent. Il y a aussi ceux qui ne voient que la catastrophe qui approche. Bien sûr, il faut être réaliste et agir concrètement. Mais avant tout, comme chrétiens, nous avons à regarder plus loin. Le psaume, avec une poésie qu’on pourrait dire franciscaine, nous aide à ne pas oublier que tout a été créé par Dieu, par la Parole de Dieu. La pluie, le soleil, ce qui donne les moissons… tout est d’abord don de Dieu. Les problèmes climatiques, bien sûr, ont une cause et des conséquences économiques. Mais à la racine, n’est-ce pas parce que nous avons mis la main sur la création en oubliant qu’elle est un don précieux à recevoir ?

 

Jésus, comme Isaïe, nous invite à nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, source de toute vie, en nous, autour de nous. Elle seule nous conduira à user sagement de la terre, de la création, en nous donnant de nous placer à notre juste place de créatures, de respecter les autres et la nature.

 

Saint Benoît a pris comme fondation de la vie monastique l’écoute de la Parole de Dieu. « Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l’oreille de ton cœur. » (Prol, 1) La Parole de Dieu est comparable, pour Isaïe à la pluie et la neige qui abreuvent, fécondent la terre, permettent les récoltes et la vie. La Parole fait de même en nos cœurs.

 

La pluie qui tombe, pour être efficace, doit pénétrer. Sinon, ce sont des inondations qui tuent et détruisent. De même dans nos cœurs. Si l’eau de la Parole nous glisse dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard, ce ne sera guère efficace, même si c’est la Parole de Dieu. Notre responsabilité est de l’écouter, l’accueillir, la désirer… En jardinage, on dit « un binage vaut deux arrosages ! » À nous de biner notre cœur, de le préparer, le travailler pour qu’il se laisse pénétrer par la Parole, qu’elle puisse atteindre la moindre fibre en nous afin de féconder nos vies. À nous de devenir perméables à la Parole, de la laisser transformer nos vies, notre être, au plus profond. Que Jésus puisse nous dire aujourd’hui encore, à nous qui sommes ses disciples : « Heureux vos yeux puisqu’ils voient et vos oreilles puisqu’elles entendent. » Nous, nous ne voyons pas Jésus en direct, nous n’entendons pas physiquement le son de sa voix, mais par le témoignage des apôtre et évangélistes, dans l’Écriture, nous pouvons voir et entendre Jésus, notre Seigneur, source de toute Vie.

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 4 Juillet 2020

Za 9, 9-10 ; Ps 144 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30.

 

Qui donc est Dieu ? Que nous dit-il de Lui dans les lectures de ce dimanche ?

 

Jésus nous apprend que Dieu est Père, son Père. Nous ne pouvons le savoir, l’apprendre que par Jésus, le Fils qui, librement, par amour, désire nous le révéler. Ce n’est pas par raisonnement, déduction savante, que nous avons découvert que Dieu est Père, mais parce qu’il a choisi de nous le révéler en envoyant son Fils prendre sur lui notre humanité. Cela ne nous empêche pas de réfléchir, mais la théologie se base, prend source, dans la Révélation, la vie – Paroles et gestes – de Jésus, qui nous sont transmis dans les Écritures et la tradition vivante de l’Église.

 

Saint Paul précise que pour appartenir au Christ, il nous faut nous ouvrir à l’Esprit car notre Dieu est Père, Fils et Esprit.

 

Ce Dieu trinité, tel que nous le donnent à contempler les lectures de ce jour, est doux et humble de cœur. Nous pourrions relire le chapitre 7 de la Règle, consacré à l’humilité ! Il est Roi, un roi juste, victorieux… et pauvre. Ce qui nous prend à contre-pied. La victoire d’un roi pauvre juché sur un âne, ne correspond pas à nos clichés, à ce que nous pensons spontanément d’un roi et encore moins d’un dieu. Et pourtant, tel est notre Dieu, révélé en Jésus Christ. Il est aussi tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour, bon, tendre, vrai, fidèle. Il est actif, il soutient ceux qui tombent et redresse, remet debout, les accablés.

 

On pourrait se contenter de dire : chic, quel Dieu sympathique, la foi est simple et procure bien des avantages ! Ce n’est pas tout à fait vrai, il ne faut pas se méprendre. Bon ne veut pas dire mièvre. Notre Dieu n’est pas un mou, une sorte d’idole douceâtre. Il reste qu’il est Roi, il règne. S’il est juste, c’est qu’il juge. Le mal est le mal, le bien est le bien. Être juste ne signifie pas que tout est bon, au contraire.

 

Quelle est la place des humains face à lui ? Comment nous situer face à lui, comment entrer en relation, en alliance, avec notre Dieu ?

 

Jésus, vrai Dieu mais aussi vrai homme, nous l’apprend, nous le montre. Il nous invite tout d’abord à la louange, à louer et bénir notre Dieu. La liturgie et la prière personnelle nous placent dans cette juste relation au Père, en communion avec le Fils, dans l’Esprit.

 

Le Christ nous révèle aussi le sérieux, l’exigence de la foi. Il nous invite à aller vers lui, nous qui ployons sous le fardeau. Quel fardeau ? Le fardeau de la vie peut-être. La vie est un cadeau, mais elle n’est pas facile. Les relations sont le propre de l’homme, c’est d’une beauté, d’une richesse inouïe. Mais c’est tellement délicat, difficile. Quand le péché, le mal s’y ajoute, ça devient un fardeau sous lequel nous ployons. Jésus nous invite à devenir ses disciples, à vivre comme lui, à mettre nos pas dans les siens. Il n’enlève pas le sérieux de la vie, les aspérités, être disciple ne déresponsabilise pas. Il y a toujours un joug mais à la suite de Jésus, il est facile à porter. Il y a toujours un fardeau, mais il est léger. Comment ? Pourquoi ? Pensons à une mère qui s’occupe de son enfant malade. C’est un souci, un poids. Mais elle aime son enfant, alors ce qui est lourd devient léger. Si, avec le Seigneur, avec la force de son Esprit, nous devenons justes, pauvres, tendre, bons, fidèles, vrais… Si, à la suite de Jésus, nous recherchons la paix, si nous sommes un soutien pour ceux qui en ont besoin… notre fardeau sera léger. C’est sans doute cela vivre selon l’Esprit, cet Esprit qui nous donne Vie, la Vie de Dieu, la Vie éternelle.

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 27 Juin 2020

2 R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 ; Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42

 

L’évangile de ce dimanche peut paraître dur à entendre. J’y vois plutôt exigence mais aussi simplicité.

Les premiers versets sont abrupts et peuvent faire peur : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » ! Si on pense à une forme de concurrence entre Dieu et l’amour filial, c’est en effet insupportable et semble en total désaccord avec ce Dieu Amour que d’autres passages nous révèlent plus facilement. Mais ce point de vue est faussé dès le départ et ne peut conduire qu’à une impasse quand ce n’est pas un rejet !

Avec Dieu, il ne peut s’agir de concurrence. Aimer plus, aimer moins, ce sont des raisonnements qui ne tiennent pas pour le Seigneur. Il suffit de regarder Jésus. Lui qui a aimé les siens jusqu’au bout. Il est toujours dans le don total, offert à tous. Quand Jésus aime les siens, il ne met pas cet amour en concurrence avec l’amour qu’il a pour son Père. Au contraire, plus il aime l’un, plus il aime les autres et réciproquement.

En observant Jésus, pour mieux comprendre, on peut se souvenir d’un autre passage évangélique, quand Marie et ses frères viennent pour lui parler. Jésus dit « Qui sont ma mère, mes frères ? Celui qui fait la volonté de mon Père » (Mt 12, 46-50). Est-ce offensant pour Marie ? Non, car s’il y a bien quelqu’un qui a fait la volonté du Père, c’est Marie.

Revenons aux lectures de ce jour. La lettre de saint Paul aux Romains est éclairante. Notre condition de baptisés fait de nous des enfants de Dieu. Ce passage peut être réconfortant face à la mort qui barre notre horizon et nous répugne, nous blesse. Et c’est vrai, en Jésus la mort est vaincue définitivement. « Nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. » Ce passage nous rappelle également que nous sommes d’abord enfants de Dieu. Voilà, me semble-t-il, comment entendre le début de l’évangile de ce jour. Notre amour de Dieu devrait être premier. C’est en Dieu que nous existons, c’est en Dieu que notre amour pour nos parents, notre famille (et aussi de nos proches) trouve sa source. Plus nous reconnaissons cette primauté de Dieu dans nos vies, plus nous nous ouvrons à Dieu pour aimer plus, de manière plus juste, ceux que nous aimons. Pas de concurrence donc mais juste place pour que l’amour vrai puisse grandir en nous.

C’est ce que j’appellerais l’exigence de l’évangile. Car ce mouvement ne nous est pas spontané. L’amour filial, l’amour humain nous semble spontané et premier, viscéral souvent. Nous avons parfois peur de lâcher les nôtres, de les aimer moins en donnant la primauté à Dieu dans nos vies. Or ce chemin est celui de la Vie en Dieu, avec Dieu, Vie éternelle donc. Chemin de ceux qui sont unis au Christ Jésus, rendus, par lui, capables d’aimer comme Lui par la grâce de l’Esprit Saint qui nous a été donné.

            La foi renverse notre regard, nos manières de vivre. C’est un chemin plein de paradoxes : « Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera ». Ce langage nous déroute. Et c’est bien. Le Seigneur bouscule notre petit ronron de vie. Pas pour nous déranger mais pour nous porter plus loin, nous faire grandir, nous éduquer. Ce qu’un Père fait pour ses enfants.

            C’est exigeant, mais simple aussi. Le Seigneur nous connait, lui qui nous a créés. Il sait notre faiblesse. Il ne nous demande pas l’impossible. L’aimer par-dessus tout n’est pas un exploit. Parfois la foi conduit à des attitudes héroïques mais souvent de simples gestes comme offrir un verre d’eau à qui a soif, suffit pour manifester notre appartenance totale au Seigneur. Si nos gestes quotidiens, notre accueil de l’autre, comme l’a fait la Sunamite pour le prophète Elisée, sont animés par l’amour de Dieu, si nous laissons transparaitre l’amour de Dieu pour les siens dans nos gestes, si nous laissons Dieu agir en nous, aimer en nous, même nos parents, alors notre vie est transfigurée, je dirais « configurée » car nous serons pleinement unis au Christ, notre Frère.

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 20 Juin 2020

Jr 20, 10-13; Ps 68; Rm 5, 12-15; Mt 10, 26-33

Nous retrouvons les dimanches « ordinaires », dimanches dans l’année, après des mois de temps privilégiés et de fêtes. La liturgie rejoint notre vie quotidienne avec ses lumières et ses ombres.

Aujourd’hui, il est beaucoup question de violence. La foule qui répand des calomnies contre Jérémie et cherche à le faire tomber. Jésus invite à ne pas craindre ceux qui tuent le corps. Donc c’est qu’il y a un risque réel. Et, de notre côté, il suffit d’ouvrir le journal ou de se connecter à internet pour être immergé dans la violence qui secoue notre monde.

 

On pourrait se lamenter sans fin : que le monde va mal, les gens sont fous, quelle violence… Oui, c’est vrai, mais soyons lucide, le mal est aussi proche, dans la paroisse, ici entre nous et en nous-mêmes. Trop se lamenter sur la violence là, au loin, dehors, risque de nous laisser ronronner en nous croyant à l’abri, et qui sait, sans nous en rendre compte, nous croire quand même meilleurs…

 

Mais Jésus nous emmène sur un autre terrain. Il ne dénonce pas le mal pour que nous cherchions des coupables. Il ne nous donne aucune consigne politique ou autre. Que nous demande-t-il ? D’être sans crainte, confiants en l’amour de Dieu. Si pas un seul moineau ne tombe sans que le Père ne le sache, croyons bien qu’il se soucie de nous, de chacun de nous, personnellement, avec une immense tendresse et miséricorde.

 

Ce que le Seigneur attend de nous, c’est une relation réciproque. Que nous l’aimions comme Lui nous aime, d’un cœur sans partage. Quoi qu’il nous arrive, même de violent, quels que soient nos choix humains, politiques, ne renions jamais le Seigneur, ne lâchons jamais sa main tendue pour nous sauver. Sachons nous poser en disciples, osons nous déclarer pour Lui. Peu importe par quels moyens, dans quelles circonstances. L’azimut qui doit nous guider est notre appartenance à Dieu, notre filiation. Dieu est notre Père, nous sommes ses enfants, nous recevons notre vie de Lui, nous avons reçu sa Vie. Rien ni personne ne peut interférer.

 

La foi n’est pas naïveté, attente passive du salut.  Jésus nous invite à prendre des risques, à annoncer « sur tous les toits » sa Parole, sans craindre l’opposition, sans craindre la violence de ceux qui nous en veulent et cherchent à nous nuire, sans craindre le refus du monde, la violence du Mal. Le Seigneur sera toujours à nos côtés, Lui ne nous lâchera pas. Marchons avec confiance comme Jérémie en remettant à Dieu notre cause. « Rien ne nous séparera de l’Amour du Christ » ! (cf. Rm 8)

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 14 Juin 2020

Nous avons retrouvé en ce jour la célébration de l'eucharistie dominicale. Je prononcerai désormais mon homélie lors de la Liturgie des Heures, Vêpres ou Laudes comme le propose la Présentation Générale de la Liturgie des Heures au n° 47.

Dt 8, 3-4.14b-16a; Ps 147; 1 Co 10, 16-17; Jn 6, 51-58

Ce dimanche, nous fêtons « Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ », la Fête-Dieu dit-on encore au pays de Liège où est née cette fête en 1247 à l’instigation de Ste Julienne du Mont-Cornillon. C’est le pape Urbain IV, ancien archidiacre de Liège, qui l’a étendue à l’Église universelle en 1264 suite à un miracle eucharistique. Il a encore fallu deux papes pour que cette décision soit prise en compte. Même si à Liège et en d’autres endroits, une procession du Saint-Sacrement a lieu à cette occasion, ce n’est nullement lié à la fête selon les bulles des papes. Ce n’est qu’au XVe siècle que cette procession a été reçue à Rome. Elle n’est donc pas au cœur de la fête. Le cœur, c’est l’eucharistie.

L’antienne du magnificat des 2e vêpres selon l’office romain (PTP), comme souvent, exprime ce qu’on fête : « Banquet très saint où le Christ est reçu en nourriture : le mémorial de sa passion est célébré, notre âme est remplie de sa grâce, et la gloire à venir nous est déjà donnée. »

Je m’arrêterai au premier mot, au début de l’antienne. Elle parle d’un banquet et de manger. Le Christ est reçu en nourriture. Dans les lectures de ce jour, année A, il est fortement question de manducation. Il s’agit de manger et aussi de boire.

Au désert, le Seigneur a éprouvé son peuple, scruté son cœur. Mais il a aussi révélé le sien. Le peuple a eu faim, le Seigneur attendait de lui la foi, la confiance. De son côté, le Seigneur a manifesté son amour, son attention aux siens, comme une mère, il les a nourris en plein désert. La manne invite les hébreux à comprendre que leur nourriture fondamentale est la Parole de Dieu. C’est vrai pour nous aussi, aujourd’hui encore. Que la fête que nous célébrons ravive en nous la faim de la Parole de Dieu, que celle-ci soit notre nourriture quotidienne.

Saint Paul nous conduit au sens de cette manducation du pain : entrer en communion avec le Seigneur par cette nourriture que notre corps assimile. Ne faire qu’un avec le Seigneur. Pas de façon magique mais symbolique. Partager un repas avec quelqu’un est un signe fort de confiance, d’accueil engagé, d’amour vrai, de communion. Manger au même pain partagé est aussi un signe clair. Nous devenons le Corps du Christ. Pas chacun pour soi. Nous avons mangé chacun un morceau de ce pain unique, ensemble nous sommes le Corps du Christ que signifie ce pain, c’est ça l’Église. Un chant le dit très bien : « Nous sommes le Corps du Christ, chacun de nous est un membre de ce Corps. Chacun reçoit la grâce de l’Esprit pour le bien du Corps entier. »

Enfin, dans le passage choisi dans long discours sur le pain de vie dans l’évangile de saint Jean (ch 6), le verbe manger revient huit fois ! Bien sûr, ce discours ne parle pas de cannibalisme (cela s’est dit contre les chrétiens). Mais ce verbe est très concret. L’eucharistie est une action. Le Christ est le pain venu du ciel, il est plus que la manne. Il est la Parole faite chair, il est venu dans le monde pour révéler l’Amour de Dieu, il a donné sa vie pour nous sauver de la mort et nous donner d’entrer dans la vie même de Dieu, la Vie éternelle. Célébrer l’eucharistie chaque dimanche, c’est faire mémoire de ce don inouï de l’Amour de Dieu. La célébration est un repas au cours duquel nous sommes nourris de la Parole et du Pain. Nous refaisons ce que Jésus nous a dit de faire la veille de sa Passion. Recevoir la Vie du Seigneur, ce n’est pas occulter sa Passion, au contraire. L’eucharistie nous donne de revivre, de nous laisser saisir à nouveau par tout le mystère pascal. Manger la chair du Christ, boire son sang, nous donne de demeurer en Lui, comme Lui est en nous. Il nous donne d’entrer dans le mouvement de la Trinité. C’est cela communier. Et le mouvement d’Amour de la Trinité nous envoie vers nos frères. Nous sommes en communion les uns avec les autres, nous qui avons mangé le même pain et, en des temps meilleurs, bu à la même coupe. Chacun représente, rend présent le Christ pour l’autre. Nous sommes, plutôt devrions être, devenir chaque fois plus, des ostensoirs les uns pour les autres.

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 7 Juin 2020

Aquarelle méditative de Lode Keustermans

Aquarelle méditative de Lode Keustermans

Ex 34, 4b-6.8-9; AT 40 [Dn 3, 52...]; 2 Co 13, 11-13; Jn 3, 16-18

 

Qui est Dieu ? Quel est ce Dieu auquel nous croyons ?

 

Quand nous étions enfants, on nous a appris à faire notre signe de croix. Encore une trace de notre baptême. C’est alors que nous avons reçu ce signe des chrétiens. Nos parents, parrain et marraine, l’ont tracé sur notre front pour la première fois. Puis, grandissant, nous avons appris à faire sur nous même ce geste au début d’un temps de prière, à la messe, à l’école, à la maison.

 

Comme souvent, une parole accompagne le geste : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Autant le terme « Trinité » nous semble déjà compliqué, autant ces paroles nous sont familières, depuis toujours. Depuis le début de notre vie avec Dieu, depuis notre baptême, nous savons que notre Dieu est Père, Fils et Esprit. Une formulation qu’on retrouve dans les « doxologies », quand nous rendons gloire à Dieu. J’aime beaucoup la formulation ancienne : « Gloire au Père par son Fils dans l’Esprit ». On y sent le mouvement qui anime la Sainte Trinité. L’un se donne à l’autre et réciproquement… La finale de la deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens en forme de bénédiction est assez semblable (on la reprend à l’eucharistie) : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu (le Père, ajoute la liturgie) et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ».

 

Voilà qui est notre Dieu. Et il s’était déjà révélé à Moïse comme « Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». Un Dieu qui marche avec son peuple et qui pardonne. Dieu n’est absolument pas statique, lointain, il marche, il accompagne les siens dans leur histoire concrète. Notre Dieu est épris de relations, il aime, il pardonne.

Saint Jean le confirme : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » pour que nous ayons la Vie éternelle. Pas pour juger le monde mais pour le sauver. Et nous savons à quel prix ! Nous l’avons célébré lors de la semaine Sainte.

 

Mais alors, comme le disait une chanson autrefois « on ira tous au paradis » ou encore comme à « l’école des fans » où tout le monde gagne ? Non. Le Seigneur attend de nous la foi. « Celui qui croit en lui échappe au Jugement ». Notre Dieu Trinité est mouvement d’amour, don infini. Ce n’est pas une toupie qui tourne sur elle-même. Notre Dieu s’engage : Incarnation, Passion, Résurrection. Il a aimé les siens jusqu’au bout. Jésus a pris sur lui notre humanité, il a donné sa vie. Mais l’amour appelle la réciprocité. Dieu attend de nous que nous l’aimions et qu’avec lui nous aimions l’humanité, nos frères et sœurs, nos proches, notre prochain. En ce jour nous ne fêtons pas un dogme, un explication théologique ardue (une sorte de théorème pour théologiens). Nous célébrons Dieu, Amour qui se donne…

 

Sr Annick

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Rédigé par Sr Annick Somville

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Publié le 31 Mai 2020

Pentecôte

Quel paradoxe ! Nous sommes une année A, donc l’année la plus riche au point de vue liturgique dans son choix de lectures, et nous avons été privés de célébrer la liturgie en assemblée pendant tout ce temps pascal… Heureusement, la liturgie des Heures a pu continuer.

 

L’évangile choisi pour l’année A nous ramène à Pâques. Le temps pascal est en effet un grand dimanche, une fête de Pâques pendant cinquante jours. Belle inclusion, nous revoici au soir de Pâques. J’allais dire au jour lumineux de Pâques. Mais est-il si lumineux ? Oui, mais pas comme on s’y attendrait. Et puis, nous sommes le soir de Pâques, le jour est tombé. La Résurrection n’est pas une illusion euphorique, une sorte d’hallucination, ni le don de l’Esprit dû à un excès de vin avec des conséquences loufoques.

 

En effet, les Apôtres se terrent, ils ont peur. Aujourd’hui encore règne la peur. Peur du virus, peur de sortir de chez soi, peur du réchauffement climatique, peur d’une guerre tant il y a de tensions dans le monde, peur d’attaques terroristes, peur de perdre son travail, de ne plus gagner assez pour nourrir sa famille, …la liste est sa fin. Nous vivons dans un climat de peur. Et c’est dans ce climat de peur que le Ressuscité se manifeste et donne son Esprit.

 

L’Esprit, il ne débarque pas du ciel du jour au lendemain comme une sorte d’extra-terrestre. Il n’y a pas un avant Pentecôte sans Esprit et un après avec l’Esprit. L’Esprit Saint, une des trois personnes de la Trinité, EST, depuis toujours. Depuis la création, il est à l’œuvre dans notre monde, lui, l’ « Amour qui planait sur les eaux », « Amour descendant aujourd’hui, qui vient agiter les eaux enfuies de nos baptêmes… » (Cf. Hymne de Pentecôte de Patrice de la tour du Pin). Aujourd’hui, 31 mai, la fête de Pentecôte occulte celle de la Visitation. Marie, après avoir entendu les paroles qui lui furent dites de la part de Dieu par l’Ange, s’en va chez sa cousine Élisabeth et la salue « Or, dit l’évangile de Luc, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint ». Il est donc déjà là, au début de l’Évangile, avant la naissance de Jésus.

 

Revenons à la Pentecôte. Jésus est mort sur la Croix, il a expiré, il a remis l’Esprit (Jn 19). On peut l’écrire avec une minuscule, mais la Majuscule est présente aussi. Jésus achève sa mission de fils d’homme, il aimé jusqu’au bout, il a donné sa vie, il meurt par amour pour nous. Il remet l’Esprit, et Dieu, le Père, recueille celui-ci en ses mains comme un oisillon fragile, blessé. Avec délicatesse, tendresse, le Père recueille l’Esprit du fils. Mais l’Esprit est mouvement et Vie. Il ressuscite Jésus et sa vie déborde, le soir même Jésus rencontre ses disciples et leur transmet cet Esprit.  Et à travers eux l’Esprit-Saint prend son envol, il s’envole dans le monde, dans l’histoire de l’humanité jusqu’à nous aujourd’hui. Il est mouvement, il est Vie. Il se répand comme une eau vivifiante. Il se communique mais pas comme un virus, il respecte les personnes, ne s’impose pas, il demande à être accueilli, reçu et donné.

 

Que l’Esprit nous donne d’affirmer, face aux peurs de notre monde, que Jésus est le Seigneur, osons proclamer les merveilles de Dieu. Ce n’est pas un rêve, ni un conte. Que notre unité dans l’Esprit le manifeste, qu’il fasse de nous un seul Corps, même dans l’attente de communier ensemble à un même Corps.

 

Sr Annick

 

 

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Rédigé par Sr Annick Somville

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